Life On Mars: A Postcard from France’s Most Vibrant City [French Translation]

Écrit et traduit par Elliott Wright avec corrections par Elisabeth Patte

Cet automne 2018, je me sentais à la fois nerveux et optimiste quand l’avion commença sa descente vers Marseille. Si j’avais su qu’à peine quatre mois après j’allais me faire agresser alors que je roulais une cigarette devant un nightclub, je serais sûrement resté dans la grisaille humide Britannique. Mais je ne pouvais pas savoir. A cette période de ma vie, j’étais fatigué de vivre à Londres, toujours à ric-rac, et je décidais d’avoir une vie plus simple dans une ville moins grande.

J’avais décidé de prendre un aller-simple et de m’installer en France, d’enseigner l’anglais et de d’améliorer mes connaissances de la langue locale. Je n’avais pas vraiment de plan précis en tête, mais je voulais y rester au moins six mois. J’avais passé une semaine à Marseille l’été d’avant. A part deux ou trois rencontres faites à ce moment -là, je ne connaissais personne. Tout ce que je savais de mon nouveau chez-moi c’était que c’était la ville la plus vieille de France – fondée par les Grecs 600 ans avant JC – et la deuxième la plus peuplée après Paris.

L’un des premiers skateurs que j’ai rencontré lors de ma première visite s’appelait Victor Campillo. Il avait grandi dans une petite ville voisine, mais il avait vraiment découvert le skate dans les rues de Marseille. Il m’avait présenté à la plupart des locaux, certains d’entre eux possédaient une marque de skate qui s’appelait Unemployed. Malgré une certaine lenteur à m’exprimer dans un français approximatif, tous les gens que j’ai rencontrés ont été accueillants et ils étaient contents de partager les bon spots, et leurs restaurants et bars préférés. Quelques skateurs de Unemployed m’ont invité à les rejoindre au Cours Julien, la plaque tournante des nuits marseillaises.

Le Cours Julien, situé dans le quartier de La Plaine, est réputé pour ses terrasses, ses bars et son street art à chaque coin de rue, mais il héberge aussi pas mal de paumés. Je pensais que j’avais déjà eu mon lot de personnages dans les rues de Los Angeles et San Francisco ; mais ici au lieu de boire des cannettes de bière 86, les locaux du Cours Julien boivent des bouteilles de rosé bon marché. La plupart est en grande partie inoffensive, ils restent entre eux. Mon bar préféré, le What an Amazing World, ou Waaw pour les habitués, est proche du métro Notre Dame du Mont et ce fût l’endroit parfait pour rencontrer les skateurs locaux autour d’une pinte bon marché.

Marseille est connue pour être le port de commerce de la France ; le centre-ville héberge encore aujourd’hui le plus ancien port de la ville, le Vieux-Port. Des siècles de commerce ont provoqué un afflux d’immigrants venant d’Italie, d’Espagne, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, modifiant la démographie de la ville. Le Vieux-Port est le centre touristique de la ville. Et par conséquent, le vol à la tire y est assez répandu. Je conseillerais d’éviter les rues mal éclairées et de rester vigilant si tu consommes de l’alcool. Même si nous les skaters, on se mélange de toute façon plus facilement avec les locaux que les touristes et on sait flairer les situations un peu louches.

Léo Loden, un skateur local et pêcheur professionnel, m’explique que la variété de nationalités de Marseille enrichit la culture de la ville. Il pense que l’emplacement de Marseille au bord de la Méditerranée favorise un esprit plus libre, bien plus présent que dans les autres villes de France : « on est ouvert d’esprit, un peu comme à Barcelone. Personnellement, je pense que Marseille ressemble à Barcelone plus que toute autre ville Française, particulièrement Paris. Pas particulièrement à cause des spots, mais plutôt parce qu’on a la même façon de voir la vie. »

L’esprit libre de Marseille se reconnaît par les nombreuses plages qui longent le littoral. Les plus populaires se trouvent légèrement au sud du centre-ville dans Les Calanques. Les Calanques, qui mènent à la mer, sont accessibles tout l’année mais sont particulièrement agréables pendant l’été. Comme souvent en France, les amateurs de bains de soleil n’aiment pas les marques de bronzage ; et je ne vous cacherais pas que le spectacle en vaut la peine. Pendant l’été, beaucoup des sessions de skate sont repoussées pour cause de picnic ou de baignade dans une eau tiède et transparente.

Loden constate que la culture « melting-pot » se manifeste par le fait que les riches et les pauvres habitent côte à côte dans le centre-ville. Il dit : « Tout le monde peut vivre dans le centre-ville. À Paris, c’est impossible, le loyer est super cher. » Campillo partage la même opinion que Loden au sujet de la mentalité Marseillaise. Même en ce qui concerne les passants, il pense que les Marseillais sont plus détendus que leurs homologues Parisiens.

« Je pense que les gens sont plus ouverts d’esprit, je le vois quand je skate. Les gens s’intéressent à ce que nous faisons, même s’ils n’aiment pas le skate. Des passants m’ont dit : « C’est cool ce que vous faites, même si vous endommagez le bien public.» À Paris, les gens verraient juste que vous endommagez quelque chose plutôt que l’aspect « skate ». À Marseille, les gens font ce qu’ils veulent — fumer du hasch dans les rues, par exemple. Ils allument leur joint devant les policiers, entre autres. À Paris, c’est sûr que c’est plus strict. Les gens regardent toujours par-dessus leur épaule quand il s’agit de fumer. Je pense que la police est inquiète pour d’autres choses à Marseille, mais surtout elle s’en fiche. Elle sait qu’à Marseille, ça a toujours été comme ça ; il est trop tard pour vraiment faire quelque chose. »

Au sujet du hash, Campillo a aussi quelques trucs à dire à propos de l’Olympique de Marseille, l’équipe locale de foot. L’OM fait partie intégrante de la culture de la ville et l’expérience d’un match en direct est définitivement recommandée. Même pour ceux qui ne sont pas particulièrement fan de sport, un billet à vingt euros garantit une bonne soirée. Les Marseillais font partie des plus fiers supporters du pays. Comme il est interdit de boire dans le stade, ils envahissent les rues et les bars alentour pour fêter le match à venir. Campillo affirme : « Beaucoup de gens viennent d’autres villes, juste pour l’ambiance. Je pense que l’équipe est le truc qui compte le plus à Marseille. Si vous demandez à quelqu’un dans la rue « Quelle est la chose la plus importante pour vous à Marseille ? La réponse sera « L’OM ou le hash. »

Un autre avantage du melting-pot marseillais est la diversité incroyable de nourriture bon marché. Sur le Pouce est un restaurant Tunisien qui sert des portions énormes de couscous et la meilleure tasse de thé à la menthe que j’ai jamais eue. Pas loin du Vieux-Port, Pizza Capri offre des parts généreuses de pizza et j’ai savouré le meilleur falafel de la ville Au Falafel. Le plan le moins cher est d’acheter une baguette toute fraîche à la boulangerie et d’être créatif avec le large éventail de fromages et de charcuterie en provenance de toute l’Europe.

Il y a vingt-cinq ans, la Mairie, l’Etat et l’Union Européenne ont pris des mesures pour dynamiser la ville en lançant le projet de rénovation urbaine Euroméditerranée. En redéveloppant des pans entiers de la ville, l’objectif était de faire de Marseille une destination plus sûre pour les touristes, les étudiants et les jeunes travailleurs.

Avant le projet de rénovation, la ville avait peu de spots de skate. Loden explique que sa génération avait toujours skaté la même petite place, pendant des années. Les skateurs venant d’autres pays d’Europe ou des États-Unis étaient pour la majorité focalisés sur le Bowl, situé à quelques kilomètres au sud du centre-ville. Le Bowl du Prado, construit en 1991, apparaît dans Tony Hawk’s Pro Skater 2 et a été rendu célèbre par les compétitions Quiksilver Bowlriders du début jusqu’au milieu des années 2000. Construit après le Bowl, le skatepark de la Friche est moins orienté « rampes » et est seulement à 5 minutes en skate de la gare St. Charles. A côte du skatepark, on trouvera le Bud Skateshop, qui a supporté la scène locale pendant des années.

Grâce au projet de rénovation, de nouveaux spots se sont développés partout dans la ville ces dix dernières années. Deux des spots les plus populaires sont la Mairie et la cathédrale La Major. La Major possède une énorme place avec un sol bien lisse et des curbs en granite de plus de cent mètres de long. La place donne également sur le nouveau port qui offre une vue imprenable sur le coucher de soleil. Avec une supérette à cinq minutes à pied où tu peux trouver des boissons c’est facile d’y skater pendant des heures, et surtout ce n’est pas interdit.

La Mairie est le meilleur spot de la ville, elle est à cinq minutes de skate seulement de La Major. Ce spot offre des curbs en granite, des sessions successives de 5 marches, et un grand plan incliné. Comme la place est située derrière un immeuble officiel, c’est compliqué de skater là-bas en semaine. En revanche, pendant les week-ends, c’est super facile d’y passer un bon moment. Il peut arriver que la police s’arrête pendant sa ronde habituelle ; ils donnent d’abord un simple avertissement verbal, mais ils seront énervés s’ils te voient de nouveau la même journée.

Campillo fait remarquer qu’en ce qui concerne les endroits interdits, les fonctionnaires de la ville semblent plus préoccupés par les nuisances sonores que les éraflures sur les curbs.

« Ils se fichent qu’on détruise les curbs, c’est plus une question de bruit. C’est la même chose pour certains des vieux bâtiments de la ville. S’ils s’en souciaient, ils referaient probablement les curbs, mais ils s’en fichent vraiment. Il y a longtemps que le curb est noir de wax, et pourtant [la Mairie] est un bâtiment plutôt important. Si vous faites des graffitis, ils les effaceront, mais ils se fichent qu’un curb soit endommagé. »

La Mairie, avec d’autres immeubles officiels, ont été skaté plus aisément pendant les manifestations des gilets jaunes de 2018 et 2019. La loi exige que tous les automobilistes possèdent un gilet de haute visibilité dans leurs voitures, qu’ils doivent porter en cas d’accident, afin d’éviter les accidents en bord de route. Lorsque le gouvernement français a annoncé une hausse du prix du carburant, les citoyens sont descendus dans la rue, portant leur gilet jaune comme une forme de protestation. Après plusieurs semaines de manifestation, le rejet de la taxe sur les carburants par la classe ouvrière s’est transformée en un dégoût général du président Macron et de l’élite française. Chaque samedi, des milliers de personnes descendent dans la rue, ce qui créera un grand divertissement pour les skateurs de tout le pays. En effet, avec tous les policiers monopolisés pour les manifestations, de nombreux spots interdits sont devenus accessibles. Bien que Macron ait promis d’améliorer le niveau de vie de la classe ouvrière, il n’y a pas encore eu beaucoup de changement concret. Au moment où je vous écris, beaucoup de Français sont toujours mécontents de la situation actuelle.

Loden explique que les skateurs étrangers qui viennent à Marseille ont tendance à avoir un impact positif sur la scène. Ils apportent une nouvelle vision du skate, ce qui motive les gens du coin. Peut-être est-ce simplement leur célèbre hospitalité méditerranéenne, mais les locaux aiment accueillir les touristes et espèrent leur faire passer un bon moment.

« Les nouvelles têtes changent tout ; les touristes contribuent à créer un mouvement. Le skate n’est pas un sport, c’est une passion que tu partages avec les autres. Cette passion devrait être partagée avec les visiteurs parce qu’elle stimule la scène. »

Campillo explique également que les skateurs américains qui sont venus à Marseille ont certainement aidé la scène à se développer. Il explique comment depuis plusieurs années, certains riders américains sponsorisé par Converse sont venus pour être filmés avec Ryan Gershell. Probablement attirés par les nombreux spots vallonnés qui entourent la ville, ces Américains ont apporté une nouvelle approche du skate à laquelle les Marseillais n’avaient pas pensé.

« C’est une façon différente de skater, de vivre aussi. Ils sont vraiment à fond dans le skate et feraient n’importe quoi pour le skate, comme retaper des spots. Certains locaux ici n’y penseraient même pas », fait remarquer Campillo.

Même lorsqu’il s’agit de se promener dans la ville pour trouver de nouveaux spots dans d’autres quartiers, la plupart des skateurs locaux ne le voit pas comme une pratique habituelle. La mentalité décontractée de beaucoup de skateurs implique que les sessions sont rarement soutenues. C’est une activité que l’on pratique à son propre rythme. C’est la raison pour laquelle le skate « touristique » fait vraiment vibrer la scène locale, parce que les visiteurs voient les spots d’une manière différente. Campillo affirme : « Je pense qu’il est important de montrer [aux équipes qui nous rendent visite] les meilleurs spots de la ville. Nous commençons à voir de plus en plus de gens qui viennent skater, et c’est toujours stimulant. »

Après y avoir vécu, j’ai pu voir que Marseille avait le potentiel pour se développer en tant que destination de skate. La ville est assez petite pour skater d’un spot à l’autre, mais également assez grande pour offrir une quantité de terrains différents. J’aime penser à la ville comme une Barcelone du début des années 2000. Il y a encore un grand nombre de spots à skater qui n’ont pas encore été complètement surexploités par les skateurs de visite. De ce fait, j’ai l’impression que c’est un joyau caché de la Méditerranée. Depuis mon séjour, j’ai commencé à voir de plus en plus de vidéos qui mettent en scène la ville ; je sens que la tendance va s’accroître.

Lorsque j’en ai parlé avec Loden, il a confirmé que le skate à Marseille, pour utiliser le mot français, connaît une « renaissance ». Il ajoute : « Le skate à Barcelone est un peu plus touristique. Les spots sont tellement fréquentés et tout a été sur-skaté, tout a été fait. Barcelone est un endroit pour se professionnaliser en tant que skateur et un endroit pour frimer. À Marseille, tout le monde skate ensemble, peu importe ton niveau ou ton âge.»

Loden est optimiste quant à l’avenir du skate dans sa ville natale. Il estime que la ville, comme la plupart des villes de nos jours, se compose de deux groupes distincts de skateurs. En raison de l’époque où il a commencé à skater, Loden n’a jamais compris l’attrait pour la Street League, sans parler du skate devenu un sport olympique. Il voit les skateurs de skate park, qui adoptent une approche plus athlétique en s’entraînant pour maîtriser leurs meilleurs tricks et lignes, comme étant très prétentieux. Heureusement, il y a beaucoup de jeunes skateurs à Marseille qui n’ont pas d’attrait pour ce style de skate.

« Tant qu’il y aura des skateurs qui s’intéressent aux rues et à l’architecture, c’est cool. J’étais inquiet que la Street League et des Jeux olympiques influencent les jeunes skateurs ici, mais ça n’a pas été vraiment le cas. De mon point de vue, les skate parks c’est cool pour skater et s’amuser, mais le street skating est la meilleure façon de découvrir Marseille. Personnellement, je ne m’inquiète pas de l’avenir du skate pour Marseille. Il y a toujours eu ici une bonne ambiance pour skater, depuis le début. »

Finalement, j’ai vécu à Marseille pendant huit mois, deux de plus que ce que j’avais prévu au départ. Malgré des moments difficiles, y compris l’agression dont j’ai parlé plus tôt, j’ai adoré le temps que j’y ai passé. En juin 2019, alors que je quittais la ville pour rentrer aux États-Unis, je savais que cette ville incroyablement unique me manquerait. J’écris ce texte en ce moment même de Los Angeles, avec le projet de retourner à Marseille plus tard cette année. Malgré l’idée folle de me déraciner complètement et de repartir de zéro dans une nouvelle ville, je suis plus que satisfait d’avoir fait le grand saut.

LTG
LTG-8.3.20

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